Famille d’origine modeste : Aristide Gentil était né en 1851 à Sommauthe, dans les Ardennes. Son père, menuisier, sera expulsé vers Nancy, sous le Second Empire, à cause de ses opinions républicaines. À 19 ans, en 1870, il est franc-tireur ardennais. Fait prisonnier, il a brisé son fusil pour ne pas rendre son arme.

Employé des Chemins de fer de l’Est, il se marie en 1877, et deviendra chef des bureaux des ateliers des Chemins de fer de l’Est. Son fils, né à Mohon en 1878, Gaston Gentil, ira au lycée Chanzy de Charleville en tant que « boursier national ». Après la classe de mathématiques spéciales, il est de 1900 à 1902 à l’École centrale des arts et manufactures. Jeune ingénieur, il débute aux aciéries de Micheville à Villerupt. En 1906, Gaston Gentil épouse à Villerupt Alice-Marie-Léontine Michel.

En 1914, Aristide, qui vient de prendre sa retraite, reprend du service à la gare de l’Est, à Paris. Après la Grande Guerre, Aristide Gentil s’attachera à relever les ruines dans les Ardennes. Il sera « administrateur des régions libérées ». Médaillé de 1870, il fut fait chevalier de la Légion d’honneur en 1924, en qualité de chef de bureau à la préfecture des Ardennes.

Son fils, Gaston Gentil, en 1914, laissera sa femme en Lorraine occupée, pour aller tirer au canon de 75 sur la Somme et à Verdun, comme lieutenant d’artillerie. Il terminera la Grande Guerre capitaine, deux fois cité. Rentrant à Villerupt, il trouva sa femme décorée aussi : pendant toute la guerre, elle avait collecté des renseignements sur les mouvements des troupes allemandes. Ces indications, portées au Luxembourg, étaient transmises en Suisse d’où elles gagnaient les services français. Une nuit, arrêtée par les Allemands et jetée en prison, elle a mangé les listes des régiments allemands. « Le papier, ça passe, mais c’est l’encre violette qui est difficile à avaler… »

Après la victoire de 1918, elle quitte Villerupt avec son mari pour aller à Audun-le-Tiche (Moselle) et Gaston Gentil y devient directeur des Hauts-Fourneaux. Il dirigea cette industrie lourde pendant vingt-et-un ans.

Gaston Gentil, croix de guerre 1914-1918, fut fait chevalier de la Légion d’honneur en 1932, comme président fondateur de l’Union nationale des combattants du canton de Fontoy (Moselle). Lors de l’offensive de la Wehrmacht, le 10 mai 1940, Gaston Gentil arrêta ses trois hauts-fourneaux et replia les 800 ouvriers derrière la ligne fortifiée.

Pierre Gentil, notre collègue, est né à Audun-le-Tiche le 27 octobre 1919. II a suivi les traces de son père au lycée Chanzy de Charleville. En 1939, il était dans les classes préparatoires aux grandes écoles. Engagé volontaire à moins de 20 ans, il est en juin 1940 dans la bataille de Saumur, élève-aspirant de réserve au bataillon de marche de l’École militaire de l’infanterie, et est cité pour avoir participé à une contre-attaque dans les coteaux de la Loire, « faisant preuve d’un mépris complet du danger, il est resté le dernier au contact immédiat de l’ennemi pour ramener ses camarades blessés »…

Fin 1940, tous les trois vivants, les Gentil se retrouvent pour la dernière fois à Felletin, dans la Creuse : Aristide avait eu la médaille de 1870 à 19 ans, Gaston avait eu la croix de guerre en 1916 à 38 ans, Pierre avait eu la croix de guerre en 1940 à 20 ans. Aristide Gentil est mort, en 1941, de chagrin, parce que ses Ardennes étaient occupées, pour la troisième fois dans le courant de sa vie.

En 1941, Pierre Gentil, admis à l’École nationale de la France d’outre-mer, resta dans l’armée jusqu’en 1945. En 1945-1946, il publie son premier livre sur le Sahara central, ouvrage couronné par la Société de géographie de Paris. En Indochine de 1946 à 1949, il est conseiller du gouvernement royal du Laos, et écrit Remous du Mékong, couronné par l’Académie française. À Madagascar, de 1950 à 1953, il écrit Sur les sentiers malgache, puis il sert en Oubangui-Chari, et enfin, de 1957 à 1963, exerçant des fonctions préfectorales dans le sud du Tchad, puis directeur de l’information à la présidence de la République à Fort-Lamy, il écrit Les Treize Préfectures de la République du Tchad.

De 1963 à 1977, au service historique de l’armée de terre, il écrit une thèse de doctorat en histoire : La Conquête du Tchad de 1894 à 1916. En 1966, il est fait chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. En 1980, il soutient en Sorbonne une thèse de doctorat d’État ès lettres : Les troupes du Sénégal au XIXe siècle.

Colonel honoraire de l’infanterie de marine, en 1979, il est fait officier de la Légion d’honneur comme administrateur civil au ministère de la Défense, et secrétaire général des Écrivains combattants. Membre de l’Académie des sciences d’outre-mer, il a publié, en 1973, Derniers Chefs d’un empire, ouvrage consacré aux magistrats et administrateurs de la France d’outre-mer, puis une Histoire du lycée de Charleville. Ces deux derniers livres ont été couronnés par l’Académie des sciences morales et politiques. Un dernier ouvrage a trait aux élèves de l’École coloniale. Déposé récemment au musée de la Grande Chancellerie, le drapeau de l’école est décoré de la Légion d’honneur et de deux croix de guerre.

Pierre Gentil est administrateur de l’A.H.H.

Bulletin de l’AHH, n° 32, 1990.

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