Lieutenant de vaisseau et la croix

Plutôt que de conter une histoire courant dans la famille depuis des générations, il paraît préférable de citer des documents d'archives.

Extrait du fonds Mackau (entrée 1526, 11 juin 1959) publié par Chantal de Tourtier-Bonazzi, conservateur aux Archives nationales de Paris, concernant :

Mackau (Ange René Arnaud, baron de), amiral de France, ancien ministre de la marine et des colonies, chevalier de Saint Louis, grand-croix de la Légion d'honneur, grand-croix de l'ordre du Sauveur de Grèce, grand-croix de l'ordre de l'Epée de Suède.

Armand naquit à Paris le 19 février 1788 ; orphelin de mère à six ans, il fut aussitôt mis en pension à Saint-Germain-en-Laye comme sa sœur Annette, lui chez M. Mestro, elle à l'Institution nationale dirigée par Mme Campan.

Au collège, le jeune Mackau se lia avec le dernier frère de Bonaparte, Jérôme, et cette amitié décida sans doute de sa vocation. Lorsque le futur roi de Westphalie prit le commandement du vaisseau le Vétéran, il persuada sans peine son condisciple de venir le rejoindre à Brest. Mackau s'embarqua ainsi en novembre 1805 à destination des Antilles, c'était la première d'une longue série de campagnes qui allait le conduire à travers toutes les mers du globe.

À l'époque impériale, sa correspondance, ses rapports et journaux de bord peuvent servir à illustrer un des aspects de la rivalité franco-anglaise, cette guerre économique poursuivie sans relâche par Napoléon durant tout son règne, et principalement après le décret de Berlin du 26 novembre 1806, qui, en son article premier, déclarait les îles Britanniques « en état de blocus ». La marine était l'un des instruments de cette politique et les escadres françaises devaient fermer aux Anglais l'accès aux marchés du continent en arraisonnant leurs bateaux et en harcelant leurs possessions. L'Angleterre mise dans l'impossibilité d'exporter, la France ne craindrait plus la concurrence pour ses produits et pourrait développer son commerce avec l'aide, encore une fois, de la flotte chargée de protéger les convois contre les corsaires.

Ainsi, après deux expéditions aux Antilles, l'une avec Jérôme Bonaparte, l'autre sous les ordres de Baudin, qui l'attacha à son état-major, Mackau reçut à Rochefort le commandement d'une section de péniches destinées à assurer la sécurité des caboteurs français naviguant de la rade de l'île d'Aix à l'embouchure de la Gironde (juillet-septembre 1808). De là, il passa dans la Méditerranée où il allait servir jusqu'à la fin de l'Empire. Embarqué d'abord sur différents vaisseaux appartenant à l'escadre du contre-amiral Baudin, il passe au mois de février 1810 sur le brick l'Abeille en qualité de second. Il venait d'en prendre le commandement à titre provisoire lorsque, le 26 mai 1811, au retour d'une mission en Corse où il avait transporté des troupes et des munitions, il rencontra près de l'île d'Elbe un brick anglais, l'Alacrity, de dimension et de force supérieures. Le combat fut rude et l'Alacrity dut se rendre, tous ses officiers mis hors de combat, quinze de ses hommes tués et vingt autres blessés. Mackau avait pour la première fois montré sa valeur d'une façon éclatante : le grade d'enseigne de vaisseau et la Légion d'honneur le récompensèrent sur décision de l'Empereur, qui avait noté sur son rapport : Quand on débute dans la carrière d'une manière aussi brillante, on ne doit pas rester longtemps dans les grades inférieurs : le nommer lieutenant et chevalier.

Nomination au grade de lieutenant de vaisseau et admission dans la Légion d'honneur

Paris, le 18 juin 1811.

Je me suis empressé de rendre compte à l'Empereur, monsieur, des circonstances honorables du combat que vous avez soutenu, le 26 mai dernier, contre le brick anglais l'Alacrity, dont vous vous êtes emparé.

Sa majesté, satisfaite des talents et du courage dont vous avez fait preuve dans cette action, a bien voulu, par décret en date du 14 de ce mois, vous conférer le grade de lieutenant de vaisseau et la décoration de la Légion d'honneur.

Le compte que vous avez rendu des officiers, aspirants et maîtres du brick l'Abeille, a fixé l'attention de Sa Majesté, et elle a daigné leur accorder les récompenses ci-après, que j'ai voulu vous donner la satisfaction de leur annoncer, savoir :

  • à l'enseigne auxiliaire Montaulieu, le grade d'enseigne de vaisseau et la décoration de la Légion d'honneur,
  • à l'enseigne auxiliaire Fortoul, le grade d'enseigne de vaisseau et la décoration de la Légion d'honneur,
  • à l'aspirant Pujol, le grade d'enseigne de vaisseau,
  • au capitaine d'armes Parot, le grade de lieutenant en deuxième dans le corps impérial de l'artillerie de marine,
  • au maître d'équipage Paron, la décoration de la Légion d'honneur.

Ces grâces sont une nouvelle preuve de ce que peuvent attendre de la magnificence de Sa Majesté les officiers et les marins qui se distinguent à son service : elles doivent être pour tous un puissant motif d'émulation, en même temps qu'elles imposent à ceux qui les ont obtenues l'obligation de redoubler de zèle, de courage et de dévouement.

Signé : Decrès (de la main du ministre).

Ce combat et son succès vous font, à vous et à votre équipage, beaucoup d'honneur. Vous êtes autorisé à me proposer des avancements de paye pour tous les marins sous vos ordres, qui les méritent par leur expérience, et vous réunirez votre équipage pour lui faire connaître la satisfaction de Sa Majesté.

Quant à l'Alacrity, procédez sur-le-champ à ses réparations et à la formation de son équipage ; vous en avez le commandement, et je ne doute point qu'il ne devienne pour vous une nouvelle source de gloire.

Signé : Decrès.

L'amiral de Mackau (1788-1855) a eu de son mariage avec Albine Muguet de Varange (1806-1875) une fille Annette (1837-1921) mariée à Jules, Joseph Hennecart, dont Renée (1858-1946).

Christian de Villepin (AHH 361).

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