Le Pays basque et la Légion d'honneur

Mémoire de nos anciens légionnaires au Musée historique de Biarritz

Le Musée historique de Biarritz, dans l’ancienne église anglicane Saint-Andrews, a accepté d’organiser du 8 au 14 novembre 2021, pour le centenaire de la Société des membres de la Légion d’honneur (S.M.L.H.), une exposition dans le cadre du thème « Cent Ans au cœur de la nation » et sous le signe de la devise « Honneur et patrie ». Car si la Légion d’honneur avait été créée par Napoléon Bonaparte en 1802, ce n’est qu’en 1921 que la Société des membres de la Légion d’honneur avait vu le jour, dans un souci d’entraide. En célébrant ces cent années, la section Côte basque de la S.M.L.H. a souhaité faire mieux connaître son action aux visiteurs et proposer au public une exposition originale : « Le Pays basque et la Légion d’honneur », une œuvre magistrale, dédiée à la mémoire de grands anciens.

Nous étions alors invités à parcourir et à contempler trente-huit portraits de légionnaires, célèbres ou peu connus et de toutes conditions sociales, qui avaient en commun leur origine basque ou un fort attachement au Pays basque. Avaient aussi été retenues dans la présentation générale quelques figures étrangères, illustrant l’universalité de la Légion d’honneur. Les portraits de légionnaires avaient été choisis et associés avec soin et présentés aux visiteurs selon les époques (marins du Ier Empire…) ou selon leurs activités, leurs professions (sportifs, médecins…). Distingués depuis le Ier Empire et jusqu’au xxie siècle, tous ces légionnaires étaient d’une grande diversité de talents, mis au service de la France.

Dans cette belle galerie de notables légionnaires figurait le portrait d’un membre de notre famille : Félix Moussempès.

La « saga Moussempès » à Biarritz

Il n’y a pas de vrais Biarrots qui ne connaissent le nom évocateur de Moussempès[1], un nom qui figure dans les archives de Labourd. Peut-être partiellement « oubliée », comme le furent bon nombre de familles qui auront marqué durablement par leur présence, à travers le temps, l’histoire de leur ville, la famille Moussempès fut assurément une des plus anciennes et des plus importantes des familles de souche locale ; on retrouve des Moussempès à Biarritz au xive siècle, chasseurs de baleines. Dominique Moussempès, un corsaire au xviiie siècle, fut capturé par les Anglais. Une rue de la ville porte le nom de l’abbé Pierre Moussempès, qui fut à la Révolution mayre abbé (« maire abbé ») de Biarritz et qui, par son action courageuse, sauva l’église Saint-Martin du culte de la déesse Raison, du saccage et de la destruction.

Les Moussempès et leurs alliés industriels, commerçants ou entrepreneurs bâtisseurs ont été de grands propriétaires fonciers à Biarritz, et dans toute la région, possédant de très nombreux terrains à bâtir ainsi que de belles demeures. La famille Marcel Campagne — plus tard unie par mariage à la famille Moussempès — s’installe à Biarritz en 1856 et fait construire, en haut de la rue Mazagran, par l’entrepreneur bâtisseur Louis Moussempès, l’imposant et éclatant Hôtel d’Angleterre, qui accueille une clientèle huppée — les familles royales et princières de toute l’Europe et tout le gotha de la finance et de la politique — dans la plus grandiose salle à manger de Bordeaux à Madrid, avec ses hôtes les plus prestigieux ! François Moussempès, peu après la vente en 1881 de la villa Eugénie, acquiert par lots de la Banque parisienne une surface très importante du domaine impérial de Biarritz. Lors de la cession aux enchères du cadre de vie intime de Napoléon III, de l’impératrice Eugénie et du Prince impérial, et d’une partie de la collection du mobilier français, Moussempès s’était déjà porté acquéreur de quelques belles pièces d’un ébéniste renommé (Georges Jacob). Auguste Moussempès, fonda les usines dite « Tuileries des Pyrénées et des Landes », le plus important employeur de la ville en main-d’œuvre ouvrière. Il avait créé en 1879 l’importante tuilerie-briqueterie-faïencerie de La Négresse (Biarritz), ensuite doublée d’une seconde exploitation à Tarnos (Landes). Son successeur, Gabriel Moussempès, le grand-père maternel de mon épouse Bernadette, industriel et directeur des tuileries, fit l’acquisition d’une troisième usine à Laluque (Landes), puis d’une quatrième dans le département de la Gironde, à Canéjan, près de Bordeaux.

En plus des artisans majeurs de l’essor économique et de la renommée de la ville qui furent nombreux parmi les Moussempès, un abbé Jules Moussempès exerça son ministère sacerdotal pendant plus de soixante années et fut curé de Serres-Sainte-Marie et de Jurançon au cours du xxe siècle. À mentionner aussi parmi leurs alliés plus proches de nous : Marthe-Marie Bégué, que beaucoup ont connue et qui dirigea avec brio le beau magasin de porcelaine avenue Victor-Hugo à Biarritz, célèbre et réputé, où l’on rencontrait de façon habituelle de riches Espagnoles avec chauffeurs faire des achats ; et aussi des noms tels ceux des Dujardin-Moussempès, l’une des familles les plus influentes et des plus anciennes de Biarritz, l’artiste lyrique et chanteur Albert Saleza, Bonnecarrère (Café anglais, actuellement le restaurant-bistrot Bellevue), et des figures emblématiques de leur temps : les Couzain (Hôtel des Princes, le doyen des grands établissements hôteliers), etc.

Un Biarrot au service de la France

Pour en venir à Félix Moussempès, son père, Jules, fut propriétaire du domaine de Sacchino, autrefois Castel-Biarritz, qui deviendra en 1892 la résidence principale, dite Pavillon royal, de la reine Nathalie de Serbie, en exil[2]. Il l’achète aux enchères par adjudication en décembre 1883. Il possède alors déjà une belle demeure sur le chemin du Phare et quelques terrains. L’ouverture d’un sanatorium à cet endroit offre un avantage considérable contre le rachitisme et pour le traitement de la tuberculose, fléau particulièrement ravageur à cette époque. L’homme, dont la réputation n’est plus à faire, compte sur sa qualité de pharmacien à Biarritz et sur son expérience de la médecine pour gagner la confiance de ses futurs clients. Le Petit Courrier de Biarritz du 18 avril 1886, à partir d’un article de M. Parmentier, journaliste de Sud-Ouest thermal, décrit le domaine : « Très imposant dans sa masse et d’un style Louis XIII généralement pur, le bâtiment se développe en façade d’une étendue de 300 mètres : tout à côté s’élèvent trois villas et un château d’eau de 3 000 mètres cube. Un quai très solidement en maçonnerie s’oppose à l’envahissement de la mer. »

Quant à Félix, né à Bordeaux le 15 décembre 1899, décédé à Biarritz le 25 mai 1989, il s’engage à 18 ans et sert au 57e régiment d’infanterie. Il est victime de gaz de combat en juillet 1917, puis il est blessé par une mitrailleuse en 1918. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est membre d’un réseau de Résistance et participe aux combats pour la libéra­tion de Paris en 1944. Il fait ensuite carrière dans une compagnie pétro­lière, la Shell, dans le quartier de La Défense. Puis, revenu à Biarritz pour sa retraite, il va accepter en 1968, qui devient l’année du renou­veau, la présidence du club de baignade des Ours blancs, fondé en 1929, et s’y consacrer jusqu’en 1982. Donnant l’exemple en se baignant tous les jours, il organise de multiples animations qui vont con­tribuer à assurer la renommée du club et son rayonnement. Il est nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1979. Il est alors déjà titulaire, entre autres, de la médaille militaire.

Hervé Bernard,
membre de l’Association des écrivains combattants,
chevalier des Palmes académiques.

Bulletin de l’AHH, n° 63, 2022.

 

[1] Voir Hervé Bernard, Splendeur de Biarritz : la famille Moussempès, éditions Atlantica, 2010.

[2] Voir Marie d’Albarade, La Belle Histoire du Pavillon royal, Biarrtiz-Bidart, éditions Atlantica, 2005.

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